Big Bang Magazine / Cosmos Music (Yann Carreau)

Quand on guette un album longtemps sans le voir venir, on finit par ne plus l'espérer. Il faut se faire une raison. Il ne sortira probablement jamais. Tant pis. Et puis, un beau jour, la nouvelle tombe et on a envie de la crier sur tous les toits : "Comeuppance, le tant attendu premier album de Sphere³ (prononcez 'sphere cube' et avec l'accent s'il vous plaît) est annoncé pour la rentrée". En ce mois de septembre, le disque parvient en finà destination, c'est à dire dans ma platine. Mais je suis un privilégi= é, car la date de sortie officielle est fixée au 21 octobre prochain. En toute humilité, je souhaite donc que cette chronique apporte la réponse à la question existentielle que vous vous posez tous : doit-on mettre ou non quelques sous de côté pour acheter le CD ? Avant d'entrer dans le vif du sujet, et comme c'est de coutume, commençons par un peu d'histoire. Les origines de la formation remontent à 1991, année où le guitariste Steve Anderson et le claviériste Neil Durant se rencontrent à Londres et commencent à composer. Après plusieurs changements de chanteur et de batteur (seul le bassiste William Burnett 'enrôlé' en 1992 est resté fidèle au poste et s'affirme même aujourd'hui comme l'artisan de la majeure partie du répertoire), une démo, un mini album et de multiples concerts (notamment en première partir de Magnum et IQ), Sphere³ prend la forme d'un quartet avec l'arrivée de Jamie Fisher derrière les fûts. Les musiciens entament en 1998 l'écriture de leur premier opus. Fruit de trois années de travail et de galère (batteur pas toujours disponible, studio non plus, les morceaux étant alors répétés lors des nombreuses représentations scéniques), Comeuppance nous offre dix compositions instrumentales célébrant une fusion progressive éclectique et chaleureuse. Voyons ça plus en détails. Le titre d'ouverture, "A Good Example Of Arbitrary Presumption", est un modèle de jazz-rock progressif mélodique et puissant (guitare à la Holdsworth, festival de claviers) aux nombreux changements de rythmes. "Shrimp.sng" est une superbe pièce proche du Camel des débuts avec ses fameux dialogues orgue/guitare. Le jovial et coloré "Sidewalking" étonne par ses lignes de basse funky. "Natural Light" est un morceau plus calme, sorte de fusion symphonique éthérée, qui distille de délicieux contrastes. "First Kiss" présente une intro purement atmosphérique avant qu'une guitare lyrique vienne troubler cette douce quiétude. "Eat First, Ask Question Later" s'apparente à une espèce de jazz-metal façon King Crimson en plus divertissant. Le très jazzy "An Unusual January" est dominé par un piano plein de légèreté mais s'avère un peu trop conventionnel. "December Gaze" surprend par ses synthés aux sonorités d'instruments à vents (cor, trompette) et ravit par sa montée en puissance dans sa partie centrale. "Tapestries" est un solo de guitare acoustique digne de Steve Howe, très agréable mais manquant un peu de personnalité. Enfin, "Paralysis" est une magnifique conclusion dans un esprit prog symphonique avec des claviers emphatiques menaçants. Comme vous pouvez le constater, Comeuppance couvre donc une large variété de styles et d'influences tout en dégageant une formidable originalité. Pleine de fraîcheur et d'enthousiasme, cette œuvre authentiquement 'progressive' est source de plaisir intense même si l'on relève quelques baisses ponctuelles de régime. On est à cent (voire mille) lieues d'un jazz-rock froid et hermétique faisant la part belle à d'interminables soli. L'excellence technique des musiciens est toujours mise au service des compositions. Celles-ci sont intelligemment construites, articulées autour de thèmes mélodiques forts et bannissent toute virtuosité stérile. Enfin, la richesse harmonique et la diversité rythmique apportent la matière indispensable pour leur donner du corps et garantir leur bon vieillissement. Sphere³ signe une entrée remarquée dans la galaxie des musiques progressives. Future étoile ou simple comète ?

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